l’arrestation d’Arsène le BOZEC - MORT POUR LA FRANCE

récit de l’arrestation à plouaret - la déportation- récit des conditions de détention tiré du livre d’Alain Quillevéré sur Alfred le Bihan.(de St Brieuc à Küstrin)

APPEL A NOS LECTEURS: Nous recherchons tout témoignage de descendants de déportés ayant pu connaître Arsène à SACHSENHAUSEN -du 10/05/1943 au 17/10/1944)   - à NEUENGAMME Kommandos de Aurich- Geilenberg- Ladelund (du 17/10 au 22/01/1945)    puis à MAUTHAUSEN du 16/02 au 19 avril 1945 date de son décès."

 

Arsène LE BOZEC           

Né le 14 février 1920 est le cadet de la famille LE BOZEC-FOLGALVEZ. En 1942, Il est à Pierrefitte chez son frère Jean qui l’a aidé à entrer au Gaz de Paris à Saint-Denis. Dès qu’il a connaissance des premiers actes de résistance, il regagne la Bretagne. Requis pour le STO, il part dans la Beauce où il travaille 6 mois.

Au retour à Vieux-Marché il participe aux actes de sabotages (citernes d’essence vidées- vols d’armes..etc) .Le 9/3/1943 a lieu à Plouaret le recensement des jeunes des classes 40, 41, et 43. Yves LEON, Louis Pastol et Arsène Le Bozec sont à l’entrée de la salle et distribuent des tracts incitant à la désertion.

« Il y avait là plus de 300 jeunes venus de tout le canton. Je pris la parole du haut des marches de la porte d’entrée de la mairie pour expliquer à ceux qui l’auraient encore ignoré, les buts réels de ce recensement.La plupart m’approuvaient et un groupe s’est spontanément formé devant la porte, interdisant l’entrée pendant un bon moment à ceux qui voulaient se présenter.Nous avons tenu jusqu’à l’intervention des gendarmes français et des maires collaborateurs de certaines communes, venus, eux pour exhorter leurs jeunes administrés à se présenter .Menacés par les gendarmes, nous avons alors formés un cortège et défilé dans les rues en chantant la Marseillaise »(.témoignage d’Yves Léon)

. Les gendarmes français sont présents ainsi que quelques personnes de Plouaret. Le lendemain, les allemands se présentent au café tenu par Marie (sœur d’Arsène) à Vieux Marché. Ils cherchent Arsène ; celui-ci court prévenir ses camarades ; rendez-vous est donné chez Pastol pour fuir ensemble.Pastol sera arrêté chez lui ; Arsène et Yves Leon revenus pour prévenir les parents LEON , sont accueillis par un gendarme français qui les désigne aux allemands présents, « d’après les policiers allemands, nous avions été dénoncés par des habitants de Plouaret » (témoignage d’Yves Léon)

Arrêtés, emmenés à la Mairie de Plouaret, puis à Lannion, ils seront emprisonnés à Saint-Brieuc jusqu’au 25 Avril .Interrogés à plusieurs reprises au siège de la police allemande « au Perroquet vert ». Convoyés à Paris à une trentaine, internés à Compiègne au camp de Royalieu une quinzaine de jours, ils sont déportés le 8 Mai 1943 et arrivent deux jours plus tard au camp de Sachsenhausen https://users.skynet.be/bs136227/src2/Bulletin/93_a.pdf (au nord de Berlin) Accueillis par les SS, déshabillés, rasés, désinfectés ils sont mis 3 semaines en quarantaine et déjà la faim se fait sentir. Restés ensemble jusque là les trois camarades sont envoyés dans des commandos de travail différents et ne se reverront plus. Louis Pastol sera évacué sur le camp de Flossenburg où il décèdera. A SACHSENHAUSEN ,Arsène reçoit le matricule 66.572 . Nous ignorons dans quel commando il est affecté ? mais en  Octobre 1944 il est transféré à NEUENGAMME ,Kommando d’Aurich-Engerhafe et Geilenberg.(Pétrole Shell/Jung). En effet, à l’automne 44, des kommandos sont créés en toute häte, à la demande de l’état-major de la wehrmacht pour creuser des fossés anti-chars et des fortifications le long de la côte de la mer du Nord de la frontière néerlandaise à la frontière danoise.Arsène est alors entre Brême et la frontière hollandaise -2000 hommes dont 48 français. "le travail est si éprouvant - conditions climatiques extrêmes, rationnement alimentaire permanent, brutalités de l’encadrement, que ces commandos sont définitivemment fermés et les détenus survivants ramenés au camp central de Neuengamme dans un état d’épuisement total."

témoignage tiré du livre d’Alain Quillevéré d’après la correspondance d’Alfred le Bihan  dont la correspondance a miraculeusement échappée à la destruction et a fait l’objet d’un travail de recherche par un historien : Alain Quillevéré, apporte un témoignage précieux sur les conditions de détention d’Arsène. En effet, arrêté le 10 mars 1943 à Lézardrieux, il s’est retrouvé à la prison de saint-Brieuc avec Arsène puis au camp de Compiègne, fera partie du convoi du 8 mai vers SACHSENHAUSEN et affecté au  kommando de Küstrin.#

Grâce aux courriers très détaillés d’Alfred à sa mère, on peut imaginer les conditions de vie d’Arsène de mai 1943 à fin 1944 où l’un part à Flossenburg où il mourra le 20/02/1945 et Arsène envoyé à Neuengamme et le 12/01/1945 à MAUTHAUSEN où il décède le 19 avril 1945.

La prison de Saint-Brieuc

Ils y arrivent le 10/03/1943 ; cela correspond à une accélération de la répression allemande à laquelle les gendarmes et policiers français sont appelés à participer activement. Cependant, tous les témoignages concordent : à cette période l’ambiance est relativement bonne à Saint-Brieuc : les visites des familles sont autorisées et nous savons que sa soeur Marie rendra visite à Arsène.

Le 21 avril, un groupe de 20 prisonniers menottés est conduit à la gare sous une garde impressionnante. Train de nuit, Gare Montparnasse puis Gare du Nord où d’autres wagons de prisonniers de toute la France sont rattachés au convoi qui arrive au camp de Royallieu le 22 Avril.

le camp de Royallieu à Compiègne

Ancienne caserne de l’armée française, édifiée en 1915, elle comprens 24 bâtiments de 60mx24m. Après avoir reçu successivement : les prisonniers de guerre en 1940, les russes et étrangers arrêtés en France puis les juifs en 1942, le camp est passé sous administration allemande et réservé aux détenus considérés comme opposants Politiques. Arsène et ses compagnons sont ensemble dans la baraque A5. Une certaine organisation mise en place par les "anciens" du camp notamment pour des activités culturelles rend les conditions de détention correctes à Compiègne pour nos jeunes bretons qui imaginent partirent en  Allemagne dans un camp de travail du STO.

Le convoi du 8 Mai 1943

Un millier d’hommes feront partie de ce convoi pour SACHSENHAUSEN. Alfred écrit à sa mère..l’inquiétude grandit parmi les prisonniers ; conduits menottés 2par2 de bon matin à travers Compiègne, accompagnés d’un soldat tous les mètre 50 ..des chants s’élèvent : la Marseillaise, le chant du départ, l’internationale..que les gardes veulent faire taire : la montée dans des wagons à bestiaux se fait dans la confusion et le désordre. Le groupe de bretons a réussi à rester ensemble : dans le wagon de la paille au sol et un grand tonneau au centre : ils sont 50 hommes dans l’obscurité et prennent conscience de l’humiliation qui leur est imposée et de l’incertitude de leur devenir. Alfred Le Bihan réussira à faire tomber un mot à l’adresse de sa mère sur la voie ferrée qu’une brave garde-barrière fera parvenir à Landébaeron dont Alfred est originaire.

Yves LEON, garde jusqu’à ce jour la regret de n’avoir pas pu s’évader de ce train..après qu’il ait réussi à libérer le crochet de la porte du wagon, il est convenu avec les autres d’attendre la nuit. Or, sans prévenir, un prisonnier saute du train au niveau de Bar le Duc..immédiatement repéré et repris il est lynché, rejeté dans le wagon..les SS s’aperçoivent du déblocage de la porte, font descendre tous les occupants et confisquent leurs chaussures ! Ils n’ont pas mangé depuis le départ, la soif les tenaille et c’est ainsi qu’ils sont accueillis à 2 heures du matin dans un froid glacial par les hurlements, les coups de cross, les chiens , pieds nus sur le ballast à la gare d’Oranienburg.

SACHSENHAUSEN -Ils gagnent à marche forcée, harcelés par les soldats et les chiens, le camp situés à 4 kms et découvrent l’horreur et la violence de l’univers concentrationnaire !les numéros matricules montrent que nos bretons ont réussi à rester proches : Arsène : 66572- Alfred : 66642 -Georges et Yves LEDU:66574/75.Yves LEON : 66192 -Louis PASTOL : 66519 Pourtant, dès la séance de désinfection, Yves LEON se trouve séparé d’Arsène et de Louis PASTOL : ils ne se reverront plus.

 Nous ignorons à ce jour à quel commando Arsène a été affecté où s'il est resté au camp central. Ce qui est certain  c'est que la nourriture est insuffisante : Arsène aurait écrit au dos d’une enveloppe adressée à sa soeur Marie : "naon meus" en breton.j’ai faim. (lettre disparue-témoignage d’Annie Jacob) Marie, Suzanne,Françoise ont envoyé des colis ; c’est d’ailleurs grâce à un morceau d’emballage où figurait l’adresse d’Arsène à Sachsenhausen  dans les archives de ma mère Françoise que j’ai découvert le véritable parcours d’Arsène dont nous n’avions que le lieu du décès en Autriche. Des témoignages d’Alfred et de Norbert Ferragutti (qui a survécu et raconté) les bretons partageaient leurs colis et sont restés solidaires.Lorsque les bombardements alliés et l’avance des russes à l’Est ont rendu impossible la production des usines ,  la dispersion des déportés dans différends camps d’extermination a été organisée à partir de la mi-1944. C’est ainsi qu’Alfred le Bihan (ainsi que raymond Flamel et louis Pastol) est transféré à Flossenburg où il mourra le 19 Février 1945.

Arsène , figure sur les listes du camp de Neuengamme le 17/10/1944 avec un nouveau matricule:59671.Il est affecté aux kommandos d'Aurich-Engerhafe et Geilenberg.Situés entre Brême et la frontière hollandaise ces kommandos sont créés pour creuser des fossés anti-chars et installer des fortifications pour interdire tout débarquement  allié. Ces kommandos sont parmi les plus meurtriers et  le commandement SS en  décide la fermeture  et le rapatriement au camp central des survivants,dans un  état lamentable, en décembre 1944.04_cartes.pdf (1285739)

Le 13/02/1945 , Arsène fait partie d'un groupe de déportés conduit à la gare d'Oranienburg :4 jours de voyage sans boire; beaucoup de morts pendant ce trajet de 1100kms du Nord au Sud du Reich; ils arrivent à Mauthausen, en Autriche le 16 février 1945.Arsène reçoit le matricule  130406. Le récit d'un survivant: Gaston Bernard nous apprend qu'à l'arrivée les SS se sont livrés à un véritable carnage dans la nuit du 17 au 18/2: sur un arrivage de 500 hommes il ne reste qu'une centaine d'hommes.

  Arsène décèdera 19/4/1945.             Le camp sera libéré par les américains le 7/5/1945 !

Nous n'avons appris qu'en 2017 qu'un survivant du camp de Mauthausen, a vécu à Tréguier jusqu'en 1993 et qu'il avait cotoyé Arsène puisqu'il est arrivé le même jour que lui, venant lui aussi de Neuengamme; Il s'agit de: Jehan AUBRY de MARAUMONT arrêté à Ploumanac'h le 20/03/1943 avec 3 jeunes de Perros: JOUAN François -FEJEAN Marcel-MARC André; ces jeunes ne sont pas revenus. Rencontrer Jehan de Maraumont nous aurait peut-être permis de savoir dans quelles conditions Arsène était mort à 15 jours de la libération du camp. .Trop tard hélas!! que n'avons-nous questionné et enquêté plus tôt! c'est un grand regret!

 

Homologué comme appartenant à la Résistance Intérieure le26 Avril 1949 , il est reconnu "Mort pour la France" le 16/03/1951. La mention MORT EN DEPORTATION" a été portée sur la transcription du décès sur l'état-civil de la commune de Vieux-Marché, le 9 Mars 1995.

 

notes: le S.T.O: En Mai 1942, fut exigé de la France : 350 .000 travailleurs pour travailler dans l'industrie allemande. Laval obtint quelques accommodements : le nombre de requis ne dépasserait pas 150.000 et, en échange, 50.000 agriculteurs seraient libérés. Ce marchandage pervers visait à diviser les Français. Cela ne donna pas cependant un résultat suffisant et, le 16/2/1943 fut institué le S.T.O.qui éxige le dépar t de plus de 800.000 jeunes hommes.

#aucune liste des Kommandos n'existe et seul les témoignages des déportés revenus des camps que les Associations continuent de recueillir peuvent confirmer les parcours de chacun. Pour Arsène sa présence à KÜSTRIN n'a pas été attestée au mémorial des déportés des Côtes du Nord ...nous sommes en quête d'un éventuel témoignage sur son kommando à Sachsenhausen et sur les dernières semaines à Mauthausen.